Cette seconde édition nous a été proposée par “les repasseurs d’histoires“, un collectif de formateurs aux pratiques narratives composées de plusieurs associations d’horizons multiples autour de l’accompagnement.

C’est une des originalités de cette conférence : regrouper des coachs, des thérapeutes, des médecins, des praticiens de tous bords, et des curieux. Certains profils cumulent même les casquettes. Quoi de plus naturel dans une conférence dans laquelle la notion d’identité est au cœur de tout ?

L’une des questions qui se pose à moi à présent est : “Comment rendre compte d’une conférence si riche, pour laquelle j’ai la bagatelle de 30 pages de notes ?”. Ceci étant dit, au vu du contexte, une question narrative du type “Qu’est-ce qui a été important pour moi dans cette conférence ?” pourrait certainement m’aider à avancer.

Pour aller plus loin, et me permettre de faire plus court … beaucoup plus court, je vais orienter cette question différemment : “Qu’est-ce qu’il me semble important de partager de cette conférence ?”.

Je partage donc ici quelques pointeurs que je  devrai moi-même creuser :

  • L’importance des notions de contexte et de relations dans de nombreuses approches. David Epston les a tirées de l’hypnose ericksonienne, et des thérapies brèves.
  • Le constructivisme social comme l’une des racines de l’approche narrative.
    Michael White a rencontré dans son parcours l’école de Palo-Alto, et les travaux de Gregory Bateson.
  • “Notre identité est une identité sociale et relationnelle”.
  • L’importance des métaphores collaboratives plutôt que guerrières.
    (Dans les métaphores guerrières, l’autre n’existe pas)
  • Une métaphore guerrière implique une perception “étroite” (à signification unique). La transformer en métaphore collaborative “élargit cette perception”.
    Cela est possible grâce à une position décentrée et la mise au centre de l’intentionnalité.
  • Il faut faire la différence entre comportements et intentions, sinon, on devient réducteur (perception étroite).
    La perception des intentions positives de l’autre permet d’élargir les histoires.
  • Il faut parfois déconstruire le contexte pour libérer.
  • L’accompagnement narratif permet à l’accompagné de redevenir auteur de sa propre histoire.
  • Donner un nom à une ligne éditoriale.
  • Il faut déceler les “marqueurs contextuels influents”.
  • Les moments d’exceptions ne sont pas des moments exceptionnels.
  • L’approche narrative ne cherche pas à faire disparaître le problème, mais à dissoudre l’effet qu’il a sur nous.
    Serge Mori utilise la métaphore du caillou dans une chaussure. Lorsqu’il nous gêne, il peut suffire de taper sur sa chaussure pour le déplacer et le rendre moins dérangeant.
  • Il existe 4 postulats à l’approche narrative :
    • Les réalités sont construites socialement (constructivisme social)
    • Les réalités sont constituées par le langage
    • Les réalités sont organisées et maintenues par les narrations
    • Il n’y a pas de vérités essentielles mais des versions
  • L'”Insider Witness” est une approche performative de la supervision développée par David Epston.
    En ces termes, cela peut sembler obscur ;-).
    Sans rentrer dans le détail du protocole (ce n’est pas du teaser ça ?), il s’agit d’un prolongement des cartes narratives. Certains y voient aussi une extension du témoin extérieur, ou du retelling.
    Quoi qu’il en soit, il faut toujours fournir au client l’intention de cet exercice.
  • En approche narrative, on restitue tout au client.
  • Un bel exemple de questions narratives :
    “Ce courage, comment l’avez-vous appris ?”
    “Avez-vous suivi des cours sur le courage ?”
    “Comment ça s’apprend le courage ?”
    “A ton avis, qu’est-ce que … a pu me dire de super positif sur toi ?”
  • “La supervision en narrative, c’est une recherche que l’on mène à deux” (Pierre Blanc-Sahnoun)
  • Il y a 4 principes à respecter sur des questions identitaires :
    • Obtenir des récits à histoires doubles (il faut écouter le problème et les ressources)
    • Reconnaître les effets des problèmes dans la vie du/des client(s)
    • Sortir de l’isolement (Relier le client à quelque chose de plus large)
    • Permettre que l’expérience serve à d’autres
  • “S’ils ne sont pas heureux, c’est qu’ils ont une idée de ce qu’il faudrait pour être heureux” (Dina Sherrer)
    => Double écoute : La plainte n’existe que si le client connait mieux. (Il s’agit d’une porte ouverte à la recherche d’exceptions.)
  • L’externalisation du problème peut se faire par la mise en scène du problème. Cela permet de le questionner.
    Exemple pour “absentéisme” :

    • Qui es-tu ?
    • Pourquoi les élèves te laissent-ils rentrer dans leur vie ?
    • C’est quoi ton rêve ?
    • Qu’est-ce que tu penses du prof ?
    • Qu’est-ce qui vous rend si puissant ?
    • Qu’elle serait la vie des jeunes si tu n’étais pas là ?
    • Est-ce que tu te trouves juste ?
    • Comment se sentent les jeunes après votre première rencontre ?
    • Qui sont tes amis / tes ennemis ?
    • Qui vous a inventé ?
    • Comment rendez-vous les jeunes accros ?
    • Quelles ruses utilisez-vous ?
    • Quelle est ta réputation ?
    • Qui pourrait le mieux parler de toi ?
    • Comment peut-on guérir de toi ?
    • Est-ce que tu connais quelqu’un qui a su se passer de toi ?
  • Le Burn-Out n’existe pas dans le DSM, mais il ne faut pas être dupe, le DSM n’est pas objectif.
  • La différence entre une dépression majeure et une dysthymie et que la première tranche avec le quotidien alors que la seconde s’inscrit dans la durée.
  • Comme n’importe quoi, la définition de dépression peut elle aussi être déconstruite.
  • Le burn-out est finalement une réaction normale à un contexte professionnel toxique.
  • Rodolphe Soulignac propose le terme de “démoralisation au travail” en lieu et place de “burn-out” puisqu’il s’agit d’une détérioration des contextes de vies professionnelles des gens.
  • Ne jamais faire travailler ensemble des N et N+1 vis-à-vis des jeux de pouvoir qui altèrent les relations.
  • “burettes” : personnes qui mettent de l’huile dans les engrenages de façon clandestine.
  • Toujours être vigilant à exploiter les mots du client lors d’une documentation, quelle qu’en soit la forme (renarration, chanson, …).
  • Se méfier des délais de restitution qui peuvent être biaisés hors de l’énergie des ateliers.
  • Les intellectuels français dits de “la french theory” ont eu beaucoup d’influence sur David Epston et Michael White. (Attendre les slides de Catherine Mengelle pour récupérer l’ensemble des références à creuser … et il y en a vraiment beaucoup)
  • La “French Theory” est un concept américain basé sur un mouvement littéraire français des années 60 (de sujets très variés) et arrivé aux US dans les années 70, qui a connu son essor sur les campus universitaires.
    Elle s’emploie à démonter les dualismes.
  • “J’ai alors dessiné l’intérieur du serpent boa, afin que les grandes personnes puissent comprendre. Elles ont toujours besoin d’explications.” (Le petit prince – Antoine de Saint-Exupéry)
  • “Ce n’est pas le monde qui fait les histoires. Ce sont les histoires qui font le monde.” (Pierre Blanc-Sahnoun)
  • La narrative peut faire des merveilles dans le monde pédiatrique. Françoise Ceccato l’exploite à coups de “Et si …”, “Racontes-moi …”, “Whaou !”, ou de “Comment faites-vous pour … ?”, principalement pour mettre des coups de projecteurs entraînant des prises de consciences salvatrices.
  • Le vol en V permet aux oiseaux migrateurs de parcourir ensemble une distance 71% supérieure à celle qu’un individu aurait pu parcourir seul. Ce n’est pas de la sérendipité ça ?
  • Dans un processus narratif, nous tirons des conversations pour permettre à la personne accompagnée de redevenir auteur et identifier de nouvelles histoires préférées à travers ses intentions, valeurs et croyances.
  • D’autres exemples de questions narratives :
    “Que dit ce problème de ce qui est important pour vous ?”
    “Qu’est-ce qui s’est passé lorsque ce problème vous a lâché ?”
  • La narrative cherche à donner de plus en plus de place aux histoires préférées, aux intentions de la personne afin de laisser de moins en moins de place au problème.
  • La “métaphore narrative” tient en ce que lors d’un échange, le client devient auteur, et le coach devient lecteur de l’histoire du client, avec tous les biais d’interprétation d’un lecteur face à une histoire.
  • La “blessure de l’information” est un phénomène de retour d’un traumatisme suite à la lecture ou l’évocation d’informations sur l’événement d’origine.
  • La cérémonie définitionnelle s’adresse à des groupes, communautés, potentiellement fragilisées, marginalisées ou minoritaires, et permet à ses membres de se reconstruire autour d’une définition identitaire collective, et à travers une performance (nécessite un public, une écoute).
  • Publicité de 1973

    Les “Big 5” :

    1. Le profit pour l’actionnaire
    2. La performance
    3. L’obéissance
    4. La compétition
    5. La croissance infinie
  • Le Storytelling, c’est le Canada Dry de l’approche narrative.
    Il a appris aux sociétés à cacher leurs identités intentionnelles.
  •  L’éthique narrative est plus exigeante que celle des principales associations de coaching. Cela la rend-elle incompatible avec le monde de l’entreprise ?
  • La neutralité thérapeutique consiste en la capacité à rester curieux.
  • L'”absent mais implicite” : A quelles ressources ou mécanismes de résistance, l’accompagné fait-il implicitement référence dans son récit de problème ?
  • La multiplicité des histoires, et les choix de sélection des éléments pour construire des histoires peut s’illustrer à travers un chemin reliant un nuage de points.

J’ai listé ici “en vrac” des éléments qui me semblent intéressants à partager et à conserver (et qui restent à creuser), même s’ils ne reflètent qu’une version appauvrie de ce que je retiens de cette conférence de qualité. Et croyez-moi, cet appauvrissement est autant émotionnel que théorique.
Mais n’avez-vous jamais entendu que la carte n’est pas le territoire ?

Je remercie donc, pour ces apports, parmi tant d’autres, les conférenciers dont j’ai profité, à savoir (et dans l’ordre cette fois) : Bertand Henot, Julien Betbèze, Serge Mori, Dina Scherrer, Pierre Blanc-Sahnoun, Dina Scherrer (à nouveau), Rodolphe Soulignac, Pierre Blanc-Sahnoun (à nouveau), Catherine Mengelle, Françoise Ceccato, Pierre Nassif, Elizabeth Feld, Pierre Blanc-Sahnoun (et encore), Jean Zufferey. Ces remerciements s’adressent aussi à l’ensemble des participants, en particulier ceux avec lesquels j’ai eu le plaisir d’échanger.

Ils en parlent aussi (et si bien) : http://www.lafabriquenarrative.org/blog/conferences/nantes-le-printemps-narratif.html, https://chroniquesnarratives.com/2016/06/05/2e-journees-francophones-des-pratiques-narratives-a-nanteshttp://www.therapies-narratives.ch/2016/06/les-journees-narratives-de-nantes.html.