J’interviens actuellement dans une équipe dans laquelle nous avons réalisé une expérience humaine très intéressante.

Suite à l’emportement d’un membre de l’équipe face à une situation qui ne le méritait pas nécessairement (de son propre aveu), nous avons essayé une nouvelle pratique en vue de faire baisser une charge conséquente de ressentiments de l’ensemble de l’équipe, propre à plomber l’ambiance générale. Nous avons mis en place le tableau du râleur de la semaine.

Le principe est simple :

A chaque fois qu’un membre de l’équipe est surpris à râler, quelle qu’en soit la raison, son compteur est incrémenté sur le tableau.

  Tableau du râleur de la semaine

En pratique, cela ressemble à ceci :

 

Dès à présent, je me dois de préciser quelques éléments de contexte hors desquels une telle pratique risque d’envenimer une situation déjà tendue :

  • Si l’équipe manifestait ici un ressentiment récurrent assez fort, celui-ci n’était pas orienté entre les membres de l’équipe eux-mêmes.
  • L’ambiance de l’équipe se retrouvait affectée par ces ressentiments qui avaient tendance à faire planer un certain pessimisme. Pour autant, l’entente entre les membres de l’équipe était déjà quant à elle assez bonne.
  • Il s’agit d’une équipe composée de membres jeunes (ça, je ne suis pas convaincu que cela soit significatif) et volontaires face à de nouvelles expérimentations (ça en revanche, c’est important).

 

Alors, comment avons-nous exploité cet outil ?

Nous l’avons mis en place assez spontanément et sans enjeu. Sincèrement, cela ne demande pas grand chose de moyens (ici : un coin de tableau blanc).

Il apporte avant tout une occasion d’évoquer en équipe l’impact que peuvent avoir des expressions négatives régulières sur l’ambiance globale au sein de celle-ci.
Ce support visuel a permis la première semaine de mettre en lumière l’ampleur de ces râlages. Dès la seconde semaine, il a permis de constater une évolution à la baisse assez franche de ces manifestations négatives. Ce point a émergé dès la rétrospective suivante comme un bienfait pour l’équipe.

L’un des aspects remarquable est que l’absence d’enjeu n’a pas été limitante vis-à-vis de l’impact de cet outil. Je pense d’ailleurs que cela aurait pu au contraire générer un rejet ou tirer des dérives aux dépens de l’équipe.

Parlons justement des dérives

Au sein de cette équipe, la seule dérive qui ait été rencontrée jusqu’ici est qu’en fin de semaines, certains membres en titillaient gentiment d’autres en vue de faire monter leurs compteurs. L’esprit bon-enfant dans lequel ces petites provocations artificielles ont été menées n’a pour autant pas conduit à l’arrêt de l’expérimentation.

Mais il s’agit bien d’une dérive. Si celle-ci est acceptable et contribue finalement à un apport de bonne ambiance, il faut évidemment être vigilant.

Ce type d’expérience, au sein d’une équipe vivant des relations internes conflictuelles, pourrait très vite amener à des pointages du doigt, ou une stigmatisation de certains membres.

De même, la mise en place d’un enjeu pourrait aboutir à une toute autre perception des petites provocations de fin de semaine, et n’irait pas dans le sens recherché d’apaisement de l’ambiance générale.

Il convient donc, sur ce type d’expérimentation, d’être attentif tant au contexte de mise en place qu’à la forme que l’on choisit au regard de l’intention que l’on y met.

En bref

Ce support n’est pas adapté à tous les contextes, et je ne suis pas convaincu qu’il ait la capacité en lui-même de rendre durable l’amélioration d’ambiance obtenue. Après plusieurs semaines d’exploitation, il a bien permis une accalmie bénéfique pour l’équipe ; il s’agit d’un changement qu’il convient à présent de consolider à l’aide d’un débrief d’équipe sur ses impacts, sur les gains obtenus, et sur la façon dont l’équipe souhaite capitaliser suite à cette expérience.